Carlo de Rose, le père de l’avion de chasse
Ils se comptent sur les doigts de la main ceux qui, à l’aube du XXe siècle, imaginent l’avion comme une arme de guerre.
Carlo de Rose est de ceux-là.
Pour connaître son aventure et son combat, il faut parcourir le livre Cavalier du Ciel paru en 2024 et écrit par Jean Rousselot, son arrière petit-fils.
Il s’agit d’un roman historique, parsemé des lettres de son aïeul, vif et dense dans son écriture, qui nous donne à voir la grandeur d’âme d’un visionnaire comme le fut Carlo de Rose.
Fils d’un lieutenant-colonel de cavalerie, Carlo de Rose rejoint naturellement la cavalerie en 1897. Fervent catholique, alors qu’il sert au sein du 9e dragons en mars 1906, il refuse d’obéir à l’ordre d’enfoncer la porte d’une église, en plein contexte de la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat. Il est donc mis aux arrêts. Il profite de cette période de non-activité pour s’intéresser à l’aviation, notamment lors de sa venue à la fête aérienne de Reims.
Dès lors, il veut devenir pilote, plus précisément cavalier du ciel. Effectivement, on avait pour habitude de dire que la cavalerie, ce sont les yeux de l’armée. Désormais, ce rôle-là sera plutôt confié à l’aviation. En 1910, Carlo de Rose réintègre l’armée et s’engage dans la première formation de pilotes militaires à l’école Blériot de Pau. Il devient très vite l’un des premiers à réclamer que les avions soient armés pour le combat.
Au début de la Grande Guerre, il considère à nouveau que les avions ne doivent pas être seulement utilisés pour la reconnaissance et les tirs d’artillerie mais également employés comme arme de chasse. Il crée ainsi en mars 1915 la première escadrille de chasse.
Son heure de gloire intervient lors de la bataille de Verdun, en plein hiver 1916. Le ciel est maîtrisé à cet instant par les Allemands. Ils disposent de 280 appareils, dont 40 chasseurs Fokker, les plus redoutables à l’époque. Les Français, eux, ne peuvent compter que sur 70 appareils. Très vite, l’état-major français se rend compte de cette faiblesse, n’ayant plus aucune information, depuis le ciel, sur le déroulement de la bataille. Philippe Pétain, qui est l’un des commandants lors de cette bataille, convoque le capitaine de Rose et lui lance : “Rose, je suis aveugle, balayez-moi le ciel”.
Carlo de Rose s’emploie alors à faire venir sur le front les meilleurs pilotes et les meilleurs avions. En quinze jours, il réussit l’impensable: retourner la situation au profit de l’aviation française. Grâce aux techniques de combat qu’il a théorisées et grâce au courage de ses pilotes, le ciel de Verdun est aux mains des Français.
Trois mois plus tard, le 11 mai 1916, il y a 110 ans précisément, alors qu’il effectue une démonstration de vol près de Soissons, il se crashe à bord de son Nieuport et se tue mais l’esprit chasse était, grâce à lui, définitivement bien ancré dans la stratégie de l’aviation militaire. Une cérémonie religieuse lui était dédiée aujourd'hui au sein de la cathédrale Saint-Louis des Invalides.

