Sur les traces d’Amelia

Après son exploit majuscule de 1932, notre aviatrice a encore faim de records. Au tout début de l’année 1935, elle est la première femme à survoler le Pacifique en solitaire, d’Hawaii à Oakland en Californie. La même année, elle relie Mexico à New York en seulement treize heures !

Mais son grand rêve est celui de réaliser un tour du monde. Pour son 38e anniversaire, une collecte de fonds lui permet de se procurer le plus bel avion du marché, le Lockheed Electra, un bimoteur surpuissant pour l’époque. La préparation de ce vol prend une année entière. Il faut couvrir au bas mot 47 000 kilomètres en longeant au plus près l’équateur, l’objectif étant d’atterrir, à la fin de la boucle, aux Etats-Unis le 4 juillet 1937, jour de la fête nationale. C’est elle qui est à la tête de cette circumnavigation mais comme elle n’est pas autorisée à atterrir seule, en tant que femme, dans certains pays d’Afrique et du Moyen-Orient, elle doit être accompagnée d’un navigateur. Il s’agira de Fred Noonan.

Tout se déroule à merveille jusqu’au 17 mars 1937, jour du grand départ depuis Oakland. Mais au décollage, l’Electra bascule sur le côté. Amelia s’en sort fort heureusement indemne. L’avion, lui, est sérieusement amoché. L’aviatrice est consternée d’avoir manqué ce décollage. Consternée aussi parce qu’on lui annonce que les réparations vont durer trois mois. Il faut donc réunir de nouveaux fonds, ce qui n’est pas une mince affaire dans une Amérique encore traversée par les effets de la Grande Dépression.

L’opération reprend finalement le 1er juin 1937, depuis Miami en Floride cette fois. Juste avant le départ, Amelia confie à un ami journaliste que ce défi sera son dernier grand vol. Première étape: Porto Rico. Puis le Venezuela, la Guyane, le Brésil… Les étapes sont courtes. Amelia n’est pas là pour les interactions sociales. Elle est concentrée sur ses objectifs même si elle fera quelques entorses à ce règlement.

A Natal, au Brésil, elle prend des renseignements auprès des ex-pilotes français de l’Aéropostale, les premiers à avoir ouvert des lignes aériennes vers l’Amérique du Sud et qui travaillent désormais pour la jeune compagnie Air France. Elle tente en effet la traversée de l’Atlantique sud, une route qui ne fait pas de cadeaux. Le soir du 7 juin, elle pose son Electra à Saint-Louis au Sénégal après treize heures de traversée. Les deux membres d’équipage survolent ensuite l’Afrique, évitant les tempêtes de sable et les tornades. Le 14 juin, ils empruntent un tronçon délicat, de la mer Rouge jusqu’au Pakistan. A leur arrivée à Karachi, on leur apprend que ce voyage est une première mondiale ! Viennent ensuite l’Inde, la Birmanie et le Siam.

Je tourne dans la brume… depuis des heures… je n’ai plus que trente minutes d’essence… je ne vois toujours pas la terre… je dois être à 160 kilomètres de Howland…”

Le 30 juin, ils arrivent finalement à Lae, en Nouvelle-Guinée. Il s’agit de l’avant-dernière étape. De l’autre côté de l’horizon, se trouve la Californie. Amelia et son navigateur ont déjà parcouru 36 000 kilomètres et plusieurs continents. Il reste 11 000 kilomètres à couvrir. Mais la fin du voyage s’annonce dantesque, d’autant que l’équipage est épuisé par ces longues heures passées en vol. Avant d’atteindre la côte ouest américaine, ils doivent atterrir sur la minuscule île de Howland qui n’apparaît même pas sur la carte. Le gouvernement américain y a fait aménager trois pistes d’atterrissage et l’US Navy a dépêché l’un de ses navires, l’Itasca, pour leur servir de repère à l’approche de l’île.

Le 2 juillet 1937, à 10h30, Amelia Earhart décolle de Lae, direction l’île de Howland, 4 100 kilomètres plus loin, un trajet jamais effectué par avion. A 8h 44, après vingt heures de vol, Amelia envoie un message radio. Pour la première fois de sa vie, sa voix est empreinte d’inquiétude : “Je tourne dans la brume… depuis des heures… je n’ai plus que trente minutes d’essence… je ne vois toujours pas la terre… je dois être à 160 kilomètres de Howland…” Ce sont ses derniers mots.

Depuis, plus aucune trace. Le Président américain Roosevelt, grand admirateur de l’aviatrice, mobilise des moyens extraordinaires pour partir à sa recherche. Ils coûteront la bagatelle de 4 millions de dollars avec pas moins de quatre mille hommes participant aux recherches. La mission prend fin le 18 juillet 1937. Et il faut attendre 1967, soit trente ans plus tard, pour qu’une première femme accomplisse le tour du monde en avion : Geraldine Mock, une autre américaine.

Seulement, une icône américaine comme Amelia Earhart ne s’oublie pas. Sa disparition a entraîné de nombreuses enquêtes pour déterminer ce qu’il était advenu de la fin de son tragique périple. Pendant près de 90 ans, des chercheurs, explorateurs, scientifiques et archéologues ont pensé pouvoir résoudre l’énigme.

Le 27 janvier 2024, un engin sous-marin, affrété par la Deep Sea Vision Society, a repéré une masse a priori métallique reposant par 5 000 mètres de fond à proximité de cette île de Howland. On a cru au miracle mais au début du mois de novembre 2024, la société a fini par communiquer qu’il ne s’agissait que d’un amas rocheux. Encore raté !

Un an plus tard, c’est au tour d’une autre équipe d’explorateurs, menée par l’archéologue Richard Pettigrew, d’annoncer en grande pompe qu’elle pourrait enfin clore l’affaire… L’Amérique retient son souffle, à tel point que Donald Trump, lui-même, a ordonné à son gouvernement “de déclassifier et de rendre publics tous les documents gouvernementaux relatifs à Amelia Earhart, à son dernier voyage et à tout ce qui la concerne.

Pour Richard Pettigrew et son équipe, l’hypothèse de la disparition d’Amelia Earhart et de son navigateur est la suivante : perdus dans les airs et à court de carburant, ils se seraient déroutés vers un atoll inhabité, Nikumaroro, appartenant aux îles Kiribati, à environ 650 kilomètres au sud de l’île de Howland. Ils y auraient tenté un amerrissage forcé, en bord de côte, puis y auraient survécu quelques jours avant de mourir, faute de pouvoir se nourrir et s’hydrater. Si Richard Pettigrew fonde tous ses espoirs sur cette hypothèse, c’est parce qu’il a étudié depuis de nombreuses années une trentaine de photos satellites de la zone dont une datant d’avril 2015 mais découverte tardivement qui révèle la présence d’un mystérieux objet dont la taille correspond parfaitement à toutes les dimensions des ailes et du fuselage de l’avion recherché, selon ses dires. Autre indice, cette forme apparaît également sur une photo prise dès l’année 1938 par un hydravion et récemment déclassée. Pour Richard Pettigrew, aucun doute, il s’agit du bimoteur Electra d’Amelia.

Amelia espérait sûrement être secourue, refaire le plein et redécoller. Bien sûr, nous ne pourrons pas le prouver tant que nous ne serons pas allés sur place pour examiner le terrain. C’est ce qui rend notre travail si passionnant.”, raconte l’explorateur. C’est la raison pour laquelle, durant le mois de juillet 2026, il partira avec son équipe en expédition vers Nikumaroro pour percer enfin ce mystère. Le faisceau d’indices semble solide. En tout cas, l’université Purdue, dans laquelle Amelia Earhart fut conseillère d’orientation et professeur au département d’ingénierie aéronautique en 1935 et qui avait sponsorisé son tour du monde, a déboursé la coquette somme de 900 000 dollars pour rendre possible cette expédition. Affaire à suivre…

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