Quand l’aviation devient une arme de guerre et de chasse

La Grande Guerre fut le premier conflit avec comme nouveau champ de bataille, le ciel. L’aviation venait de faire une entrée fracassante dans le monde. Les exploits s’enchaînaient mais personne en 14 n’imaginait encore que l’aviation serait intimement liée aux batailles armées.

Seuls quelques ballons avaient servi de postes d’observation sur de précédents théâtres de guerre, notamment en 1870. Aux premiers mois de la Première guerre mondiale, l’aviation est donc considérée comme un simple moyen d’observer l’ennemi. Un premier pas est franchi quand une autre mission est dévolue à l’aviation : non seulement observer les mouvements des troupes adverses mais aussi donner des indications aux artilleurs au sol afin qu’ils règlent leurs tirs avec plus de précision.

Très peu de stratèges songent à en faire une véritable arme de guerre. Enfin presque. Le futur général italien Giulio Douhet écrit dès 1909 : “Le ciel est sur le point de devenir un nouveau champ de bataille aussi important que les champs de bataille sur terre et sur mer. En vue de conquérir les airs, il est nécessaire de priver l’ennemi de tous ses moyens de vol en le frappant dans les airs, sur ses bases d’opération et sur ses centres de production. Nous ferions mieux de nous habituer à cette idée et de nous y préparer.” Il devient ainsi un des grands théoriciens de la guerre aérienne tout comme Clément Ader l’avait été. Mais tout le monde n’est pas convaincu. En France, le maréchal Ferdinand Foch lâche même en 1911 ces mots : “Les aéroplanes sont des jouets scientifiques intéressants mais ne présentent pas de valeur militaire.” Plus de trois ans après, il changera d’avis radicalement, n’hésitant plus à répéter sur les champs de bataille : “Pas de bataille sans artillerie, pas d’artillerie sans aviation.

L’aviation devient donc progressivement une arme de guerre mais pas encore une arme de chasse. Ce n’est véritablement qu’au milieu de cette guerre que de réelles batailles aériennes commencent à se dérouler au-dessus des tranchées, mettant aux prises des pilotes contre d’autres pilotes. Dans l’aviation militaire, apparaissent en effet de premiers petits bombardiers. Il convient de les protéger en l’air contre des avions venus les abattre. De là, naissent les premières joutes aériennes. De là, naissent aussi les premiers As, ceux dotés d’une habileté extraordinaire au pilotage qui leur permet de se retrouver toujours au bon endroit, au bon moment, pour ajuster un appareil ennemi dans son viseur et le foudroyer en faisant cracher les canons de ses mitrailleuses.

Côté allemand, l’As des As s’appelle Manfred von Richthofen, celui qu’on surnomme le Baron rouge. En France, le nôtre s’appelle René Fonck. Nous le surnommons la Cigogne blanche. Il n’est pourtant pas le plus célèbre.

L’as français le plus réputé, celui dont tous les aviateurs français se souviennent aujourd’hui, est Georges Guynemer. La devise qu’on lui attribue, “faire face”, n’est autre que celle de l’Ecole de l’Air. Avec ses 53 victoires homologuées mais une trentaine aussi probables, il est devenu plus qu’un As, une légende. Il meurt le 11 septembre 1917 lors d’un combat aérien dans les Flandres. Tous nos pilotes de chasse actuels connaissent par cœur sa citation : “Héros légendaire tombé en plein ciel de gloire après trois ans de lutte ardente. Restera le plus pur symbole des qualités de la race : ténacité indomptable, énergie farouche, courage sublime. Animé de la foi le plus inébranlable dans la victoire, il lègue au soldat français un souvenir impérissable qui exaltera l’esprit de sacrifice et la plus noble émulation.

Rien ne décrit mieux ce qu’est dorénavant un chasseur et en particulier un As. Dans ce conflit, ces braves pilotes étaient considérés comme des seigneurs. Alors que la barbarie régnait dans les tranchées, ils formaient une caste à part, adulée de la population, parce que leurs combats étaient empreints d’un esprit chevaleresque, saluant leurs ennemis, présentant leur respect lorsque ces derniers étaient vaincus. Ils étaient également admirés par les combattants au sol, par l’espoir qu’ils étaient capables de lever, tant leurs duels aériens étaient devenus un spectacle incontournable. Ils pouvaient être aussi rejetés par les mêmes quand ces derniers apprenaient qu’ils se baladaient en grande tenue au bras de jolies filles, buvaient des coupes de champagne dans des lieux clandestins et confortables, roulaient au volant de belles voitures. Aux yeux de certains, ils formaient ainsi une nouvelle forme d’aristocratie dans une guerre qui se transformait en boucherie. Ils en ont pourtant chèrement payé le prix.

Il fallait en effet avoir l’inconscience d’un jeune d’à peine vingt ans pour se jeter dans un cockpit d’un frêle avion de l’ époque. Il fallait aussi une sacrée dose de foi, un sacré sens du sacrifice, et un sacré sens patriotique pour se jeter ensuite dans des combats aériens sur lesquels il n’y avait aucune théorie de base, aucune leçon, aucun enseignement. Malgré tout, ces hommes s’échinaient à remplir leur devoir tout en ayant une haute estime de la condition humaine. Toutefois, il serait bien imprudent de croire que ce qui se tramait dans le ciel de France n’était que grâce. Les appareils déchiquetés, les corps écrasés, les visages ensanglantés décrivaient également une atrocité sans nom.

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