Elisabeth Boselli, première Française pilote militaire
Il y a 80 ans, en février 1946, pour la première fois en France, une femme obtient son brevet de pilote militaire. Le ministre de l’Air, Charles Tillon, ouvre en effet la voie dès 1945 à la formation de pilote militaire aux femmes. Elisabeth Boselli devient ainsi un an plus tard, à 32 ans, la première femme pilote de l’armée de l’Air française. Portrait d’une femme d’exception, devenue une égérie pour toutes les jeunes filles rêvant aujourd’hui d’une carrière de pilote de chasse.
Après avoir passé son baccalauréat au début des années 1930, elle sort diplômée de l’Ecole des Sciences Politiques en 1935. Sportive, parlant couramment trois langues, douée au piano et à la peinture, elle est aussi une jeune femme qui aime s’investir pour les autres, participant aux actions humanitaires de la Croix Rouge. C’est au gré d’une exposition consacrée à l’aviation qu’elle tombe en pâmoison pour les aéroplanes. Elle décide alors d’apprendre à piloter et obtient son brevet de pilote de tourisme en janvier 1938. Ce sera ensuite la découverte de la voltige et l’objectif de décrocher un brevet de pilote de transport public.
Seulement, lorsque la Seconde Guerre Mondiale éclate, ses vols sont suspendus. Elisabeth finit par s’enrôler comme pilote pour la Croix-Rouge. En 1944, engagée volontaire avec le grade de sous-lieutenant, elle est admise dans l’Armée de l’Air. Elle suit alors une formation de voltige à Châteauroux avant d’être sélectionnée avec un petit groupe de femmes pilotes pour entamer un apprentissage sur avion de chasse. Elle se retrouve ainsi intégrée à l’école des moniteurs de Tours. Elles ne sont que deux à être jugées apte pour piloter l’avion légendaire de la campagne de France, le Dewoitine D. 520, elle et Suzanne Melk. Le 12 février 1946, après avoir passé brillamment les épreuves, elle obtient son brevet militaire de pilote.
Pourtant, cette même année 1946, l’armée décide de mettre fin aux vols militaires féminins en raison de l’accident mortel d’une autre grande figure de l’aviation féminine, Maryse Hilsz ainsi que pour des raisons budgétaires. Vexée qu’on lui coupe ses ailes, elle refuse un emploi administratif dans l’armée qu’on lui proposait. Elle en profite pour se former au vol à voile et, en avril 1948, bat deux fois de suite le record du monde féminin d’altitude en planeur. Trois ans plus tard, en dix jours seulement, elle passe le brevet d’hydravion aux Etats-Unis. 1952 est l’année de sa réintégration dans l’armée de l’Air puisqu’elle rejoint l’escadrille d’Etampes. Elle pilote sur Stampe et fait des démonstrations de voltige dans de nombreux meetings français et internationaux. En parallèle, ayant gardé sa fibre humanitaire, elle instruit les élèves infirmières pilotes secouristes de l’air à l’aéroclub d’Etampes.
L’aventure se poursuit ensuite, pour celle qu’on surnomme affectueusement Lily ou “la miss”, à l’ère des moteurs à réaction. Elle veut poursuivre en effet les vols de présentation mais cette fois sur des jets. Son entraînement se déroule donc sur la base-école de chasse de Meknès, au Maroc, afin de dompter ses tous premiers appareils à réaction. Ce seront le Vampire britannique et le Lockheed T33 américain.
Elle pilote ensuite le Mistral, le premier jet français produit en série, en étant affectée à la base de Mont-de-Marsan. Le 26 janvier 1955, dans les Landes, après une intense préparation, elle s’apprête à défier le record du monde de vitesse en circuit fermé. Malgré des conditions météorologiques peu favorables, elle réussit à établir le record du monde de vitesse sur un circuit de 1 000 kms à la vitesse de 746 km/h. Un mois plus tard, notre Lily récidive. Partie toujours de Mont-de-Marsan, elle prend la direction d’Oran pour marquer les esprits. Trois heures plus tard, elle est de retour, établissant un nouveau record du monde de distance en circuit fermé. Il lui restait seulement trois minutes de carburant à l’instant où elle pose son Mistral. Puis deux semaines plus tard, ivre de records et de sensations fortes, elle bat le record du monde de distance en ligne droite. Elle parcourt en effet le 1er mars 1955 2 331 kilomètres entre Creil et Agadir. Elle ne se mêlera pas ensuite à la compétition de la femme la plus rapide du monde qui se joue entre la Française Jacqueline Auriol et l’Américaine Jacqueline Cochran. Elle préfère s’engager dans la guerre d’Algérie. “Il est des circonstances où il vaut mieux servir que briller.”, dit-elle simplement.
Elisabeth se consacre durant deux ans à l’évacuation des blessés en Algérie et à l’acheminement du courrier. Elle effectue alors plus de 330 missions dont la moitié sont des missions de guerre. A son retour, elle reçoit la Croix de la Valeur militaire avec trois citations et la Croix du combattant. En 1960, une grande pionnière française de l’aviation, Adrienne Bolland, lui remet les insignes de chevalier de la Légion d’honneur. La capitaine Elisabeth Boselli quitte l’Armée de l’Air en 1969 après 1 420 heures de vol et se consacre ensuite à l’écriture et à l’histoire de l’aviation, notamment au sein de l’Aéro-Club de France dont elle a été la présidente d’honneur. Racontant son parcours avec toujours beaucoup d’humilité, elle disait ceci sur son rôle dans l’aviation : “Je m’étais efforcée de démontrer qu’une femme bien entraînée peut rendre les mêmes services qu’un homme dans le domaine du pilotage. Puisse cette démonstration servir plus tard à d’autres que moi.”

