Le Grand Cirque de Pierre Clostermann
Quand Pierre Clostermann débute ses opérations aériennes, nous sommes au cœur de la guerre. Ni les forces de l’Axe, ni les forces alliées n’ont pour l’instant pris l’ascendant sur leurs adversaires respectifs. L’objectif pour les Alliés est de taper l’Allemagne pour couper son effort de production et enrayer son économie de guerre. Ce sont les bombardiers américains, les B-24 Liberator et les B-17, les forteresses volantes, qui sont chargés de ces missions à haut risque.
Pour épauler ces engins, de nombreux Spitfire, dont celui piloté par Pierre Clostermann, décollent afin d’empêcher la chasse allemande de s’en prendre à eux. Dans ce décor, notre héros décroche ses premières victoires face à la fameuse escadre Richthofen, la meilleure de la Luftwaffe, composée entièrement d’as de l’aviation. Les combats sont tellement rapprochés que les pilotes peuvent distinguer le visage de leurs adversaires. Malgré les risques qu’il prend en vol, il mesure à quel point les combats au sol sont vécus comme un véritable traumatisme. Dans les cieux, il se sent comme privilégié. “En France, en Angleterre, en Belgique, en Hollande, en Allemagne, des hommes souffrent dans la nuit, tandis qu’en plein ciel, je possède à moi tout seul le jour naissant. Tout m’appartient, la lumière, le soleil et je pense avec un orgueil paisible : tout cela ne luit que pour moi ! Ces minutes-là compensent bien des sacrifices et bien des risques…” écrit-il.
A l’automne 1943, il se sépare, le cœur gros, du groupe Alsace pour entrer à la célèbre escadre 602, la “City of Glasgow”, là encore pour effectuer majoritairement des missions d’escorte rapprochées pour protéger les bombardiers.
14 octobre 1943 : Pierre Clostermann participe à l’une des plus grandes batailles aériennes de la guerre. L’objectif vaut le coup : détruire la plus importante fabrique de roulement à billes d’Europe occidentale, au sud-est de Brême. Il faut mobiliser près de 1 300 avions de chasse anglais et américains, 700 forteresses volantes chargées de bombes, tout cela face à une menace potentielle de 3 000 Focke Wulf et Messerschmitt. Pour la première fois de la guerre, les Spitfire vont survoler l’Allemagne. Au petit matin, toute cette armada décolle depuis 37 aérodromes différents.
La mission est à la fois spectaculaire et extrêmement éprouvante pour les pilotes de Spitfire qui doivent lutter contre le froid à 10 000 mètres d’altitude. Les orteils sont gelés, les yeux pleurent mais il faut tenir, malgré tout. Dans ce ballet tournoyant et incessant, des duels vertigineux opposent Mustang, Spitfire, Focke Wulf, ces terribles warbirds de la Seconde Guerre Mondiale.
Résultat : l’usine a été rasée mais 200 équipages de B-17 ont été perdus. 111 avions de chasse alliés ont été abattus contre 297 du côté allemand. Un carnage.
C’était cela le Grand Cirque de Pierre Clostermann, son quotidien jusqu’à la fin de la guerre. Il volera ensuite sur Tempest, un “monstre” pour reprendre ses termes. Il baptise alors son avion du nom de “Grand Charles”, une dédicace au général de Gaulle. Ses missions seront encore légendaires. Il est sans doute notre dernier grand As français.

