Avec les samouraïs de l’aviation française

Des pilotes japonais sur le front européen… Voilà une information qui pourrait paraître saugrenue. Et pourtant, dès le début de la Première Guerre Mondiale, l’Empire japonais se range du côté des Alliés parce que ce sont eux, particulièrement les Britanniques, qui ont une influence notable en Extrême-Orient. Pour éviter des représailles qui pourraient saper le rayonnement de l’Empire du Soleil levant dans le Pacifique, l’équation est donc simple: faire bonne figure aux côtés des Alliés pour bénéficier, à la victoire finale, de leur silence, voir de leur clémence et au mieux de leur soutien dans le cadre d’une expansion territoriale assumée en Asie.

Quelques pilotes japonais rejoignent ainsi les escadrilles françaises. Le plus célèbre d’entre eux est le capitaine Kiyotaké Shigeno. A l’origine, il a plutôt horreur des armes et de la guerre. Sa grande passion, c’est la musique. L’ADN de se famille est pourtant militaire. Son père était général dans l’armée impériale et ses deux frères ont suivi le destin du patriarche. Il pense donc pouvoir échapper à une carrière militaire. Mais en 1896, ils perd son père et ses deux frères aînés. Repose alors sur ses épaules le devoir de maintenir la tradition familiale. Malgré un court passage par l’académie militaire, il choisit toutefois de tordre la tradition en intégrant l’école de musique de Tokyo, ce qui exaspère le reste de sa famille. Durant ces années d’apprentissage, il se marie mais son épouse meurt en 1910. Profondément meurtri, il rêve d’une nouvelle vie et part pour Paris, une ville pleine de promesses pour lui. Kiyotaké Shigeno continue d’étudier la musique au Conservatoire, dirigé par Gabriel Fauré mais c’est aussi sur le sol français qu’il est bercé par une autre mélodie, celle des hélices.

Fasciné par l’aviation, il décide de prendre des cours de pilotage et obtient son brevet de pilote en 1912. Il construit même un biplan. Cette nouvelle vocation le conduit à réinterroger son enrôlement dans l’armée japonaise. Il revient au Japon pour devenir moniteur au sein de l’Ecole militaire d’aviation. Voulant acquérir un nouvel avion, il se rend à nouveau en France en 1914 et y apprend la déclaration de guerre. Son état-major lui demande alors d’intégrer la Légion étrangère française et de piloter aux côtés des Français. Son habilité au pilotage ne souffre d’aucun défaut. Il fait l’admiration de ses compagnons d’armes et est même décoré de la Légion d’honneur en septembre 1915. Il effectue notamment des missions de bombardement très précieuses, et cela au péril de sa vie à plusieurs reprises. Ayant intégré la chasse, il pilote à partir de 1917 un Spad et signe une victoire éclatante aux côtés de l’as français Georges Guynemer. Il devra ensuite quitter le service actif pour raisons de santé.

Un autre Japonais, le sergent Shukounosouké Kobayashi, connaîtra, lui, un destin plus tragique. Il sera tué le 7 juin 1918 et sera le seul pilote japonais “mort pour la France”. De cette aventure, s’est nouée une franche amitié entre la France et le Japon durant l’entre-deux-guerres. Dès 1919, en guise de remerciement, la France envoie une mission militaire au Japon afin de doter l’Empire d’une aviation plus moderne grâce à des appareils français.

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