Quand la saga Ferrari démarre dans le ciel de la Première Guerre Mondiale

Nous sommes le vendredi 7 avril 1916. L’Italie a rejoint la Triple-Entente de la France, de l’Angleterre et de la Russie il y a presque un an alors qu’elle s’était jusque là déclarée neutre dans le conflit. L’aviation italienne est à cet instant plus que fragile. Les quelques pilotes italiens engagés se forment essentiellement auprès des Français et prennent place à bord d’avions eux aussi français, tels que les Nieuport. Cette date du 7 avril 1916 va donc être historique parce qu’elle sera pour toujours un jour de gloire pour l’aviation militaire italienne.

Le crédit de cette gloire nouvelle revient à Francesco Baracca, 27 ans, breveté pilote depuis 1912. Comme l’explique Albéric de Palmaert dans son ouvrage, Au temps des as, il est affecté à la 70e escadrille, basée à Udine à l’est de l’Italie, non loin de la frontière autrichienne, après avoir effectué sa préparation militaire sur Nieuport en France, au Bourget. Pour son escadrille, la mission consiste à assurer la protection du haut commandement italien. A ce jour, elle ne compte aucune victoire face aux Autrichiens.

Mais ce 7 avril 1916, lorsqu’un Aviatik ennemi se présente dans le ciel de la ville, Francesco Baracca grimpe en vitesse dans son Nieuport pour prendre en chasse l’aviateur autrichien. En bonne position de tir pour l’abattre, il préfère manœuvrer pour l’empêcher de fuir et le forcer à atterrir en territoire italien. De fait, il va pouvoir être fait prisonnier, une prise de guerre remarquable. Toutefois, à l’image des chevaliers du ciel qui garnissent le paysage aérien de cette Grande Guerre, Francesco Baracca, en grand seigneur, se pose à côté de son ennemi et va le saluer avec respect avant que les troupes au sol embarquent l’aviateur autrichien. Lui-même parle allemand et de cet échange entre deux adversaires, naît une fraternité d’armes qui se muera en gratitude pour l’Autrichien. Car s’il est fait prisonnier, il est malgré tout en vie. Francesco Baracca, lui, remettra à plusieurs reprises sa vie en jeu.

Il s’agit donc du premier succès italien dans la guerre aérienne de 14-18. Francesco Baracca continuera ensuite à maîtriser le ciel. Il enchaînera les victoires, laissant moins de chance à ses ennemis. Il livrera en tout soixante-trois combats et remportera trente-quatre victoires, ce qui fait de lui l’As des As italiens.

Vers la fin de la guerre, le 19 juin 1918, il participe à la grande offensive du Piave qui permet aux Italiens d’affliger une ultime et redoutable défaite aux troupes austro-hongroises. A bord de son Spad VII, il mitraille inlassablement les lignes ennemies jusqu’à ce que des troupes au sol réussissent à le toucher. Son corps n’est retrouvé que quelques jours plus tard, après la bataille. On découvre alors qu’il est mort d’une balle dans la tête. L’on se demande un temps s’il ne s’est pas suicidé avant de s’écraser, une thèse qui ne tient pas longtemps. Son avion volait trop bas pour qu’il ait eu le temps d’accomplir ce geste et puis, surtout, un tel acte ne correspondait en rien à son caractère courageux et intrépide.

L’histoire retiendra aussi que ce pilote valeureux avait fait peindre sur son appareil un cheval noir cabré, lui qui était passé un temps par la cavalerie et qui était passionné de chevaux.

Quelques années après la guerre, en 1923, la mère de Francesco Baracca rencontre Enzo Ferrari, le pilote qui fait sensation dans les courses automobiles du moment. Cette dernière lui accorde la permission d’orner ses voitures de course avec le même cheval qui était représenté sur le fuselage de l’appareil de son fils. Et c’est ainsi qu’est né l’emblème légendaire de la Scuderia Ferrari.

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Avec les samouraïs de l’aviation française