Hélène Boucher, l’étoile filante de l’aviation française

Hélène Boucher est née à Paris le 23 mai 1908. Son père est un architecte reconnu pour avoir conçu, dans la capitale, de nombreux immeubles de style Art Nouveau. Elle aussi est dotée d’aptitudes pour le dessin. Mais enfant, elle avait en réalité montré un goût particulier pour les jeux de construction et de mécanique. Hélène, que l’on surnommait amicalement Léno, montrait aussi un caractère indépendant et volontaire, une certaine obstination même dès son plus jeune âge. Elle n’avait aucun mal aussi à se déclarer ambitieuse, songeant à devenir une personnalité qui comptera dans l’avenir.

Après son baccalauréat, Hélène partit pour la petite île de Wight, en Angleterre, apprendre la langue de Sa Majesté. Elle trouvait en effet important de maîtriser une langue étrangère. A son retour en France, elle se retrouvait à la croisée des chemins et hésita grandement dans ses choix de carrière. Ses talents en dessin lui permirent de penser à se préparer à l’école des Beaux-Arts mais elle ne se sentait finalement pas assez douée. Elle songea aussi au Conservatoire parce qu’elle avait une belle voix et qu’elle appréciait jouer du piano. Là encore, elle fît un refus d’obstacle. Elle ne voulait pas seulement réussir dans un domaine. Elle voulait exceller. Or, que ce soit dans le dessin, la musique ou le chant, elle estimait ne pas être la plus brillante.

Elle se souvenait que petite, elle collait dans un cahier des photographies d’aviateurs célèbres qu’elle trouvait dans les journaux de l’époque. Agée de treize ans, elle avait suivi l’exploit d’Adrienne Bolland, la première à traverser la Cordillère des Andes. Tout cela lui revenait en mémoire. “Et pourquoi pas moi?”

A vingt-deux ans, elle décide ainsi de vouer sa vie à l’aviation. Le 4 juillet 1930, elle effectue un baptême de l’air, ce qui ne fait que confirmer cette vocation naissante. “Voler est la seule chose qui me donne l’impression d’être vivante.” témoignera-t-elle plus tard. Avec Henri Liaudet, un ancien pilote de guerre, elle prend ses premiers cours de pilotage. Elle est davantage déterminée à devenir aviatrice après la mort d’un ami de son frère, le sergent-pilote Jean Huber, disparu quand son avion est tombé en flammes le 1er août 1930.

Désormais, elle fera tout pour acquérir une notoriété de grande aviatrice. Au printemps 1931, un industriel de Mont-de-Marsan, Henri Farbos, se présenta à Orly. Il avait le projet de créer dans les Landes une école de pilotage et cherchait à dénicher de nouveaux talents de l’aviation. Il remarqua alors cette jeune fille simple, discrète qui discutait à bâtons rompus avec les mécaniciens. Il venait de tomber sous la charme. Il demanda à Henri Liaudet de devenir instructeur dans son futur aéro-club, puis s’adressa à Léno pour lui demander de devenir sa première élève féminine. Henri Farbos dût personnellement intervenir auprès du père de Léno pour le convaincre de laisser sa fille s’échapper jusque dans le sud-ouest de la France. Il lui indiqua que sa fille avait des qualités indéniables de pilote. Pourtant, le père refusa. Il ne la voyait pas faire un métier d’homme au milieu d’autres hommes, dans une province qu’elle ne connaissait pas. Monsieur Farbos revint à la charge deux jours plus tard, cette fois accompagné de son épouse. Celle-ci expliqua alors qu’elle s’occuperait personnellement de la jeune fille en l’accueillant sous son propre toit. Cette fois, l’argument fît mouche. Les parents Boucher cédèrent.

La belle Hélène se retrouve dans les Landes, accompagné de sept autres élèves, tous des jeunes hommes sportifs du coin. Elle ne se concentre que sur la mécanique, le pilotage, l’état du ciel. Après de rudes efforts et de patients apprentissages, elle obtient son brevet de pilote en 1931 puis l’année suivante son brevet de pilote professionnelle de transport public. Elle devient la quatrième Française à l’obtenir après Adrienne Bolland, Maryse Bastié et Maryse Hilsz. Aussitôt, elle se procure un petit biplan d’occasion. Elle songe ensuite à se donner en spectacle dans des fêtes aériennes à travers la France mais son avion n’est pas configuré pour l’acrobatie.

Ses camarades lui conseillent de s’inscrire pour des raids longue distance, ce qui lui procurera une plus grande renommée auprès des constructeurs et ingénieurs que la voltige aérienne. Il se trouve qu’elle suit avec attention les performances de l’aviatrice américaine Amelia Earhart qui vient de réaliser en 1932 la traversée en solitaire de l’Atlantique. Elle a suivi aussi la belle performance de l’anglaise Amy Johnson qui a relié Londres à Tokyo. Ses amis lui proposent de l’aider à réaliser un raid de Paris à Saïgon. Elle est conseillée notamment par le grand aviateur Codos, auteur d’un record du monde de distance fabuleux en circuit fermé. Le 6 février 1933, elle se lance depuis le Bourget mais la météo est exécrable seulement deux heures après le décollage, lorsqu’elle se trouve au-dessus du Morvan. Suivant les conseils de prudence des anciens, elle n’insiste pas et rebrousse chemin. Hélène Boucher attend le 13, quand le ciel est enfin clair pour redécoller. En Irak, une grave avarie de moteur l’oblige à faire une escale de longue durée. Or, elle pilote un avion anglais. Les autorités françaises ne veulent donc pas l’aider à réaliser son raid. Quant aux autorités britanniques, elles font tout pour ralentir la réparation, ne souhaitant pas qu’une aviatrice étrangère puisse rallier l’Indochine trop rapidement, quand bien même la pilote est aux commandes d’un avion anglais. Elle comprend qu’elle est bien seule dans cette aventure et décide de rentrer par la voie des airs tout de même. A son atterrissage au Bourget, elle est désespérée par sa mésaventure. Elle a pourtant déjà réalisé une prouesse en volant jusqu’au Moyen-Orient aller et retour.

Notre Léno ne s’apitoie pas longtemps sur son sort. Elle décide de se lancer dans une course appelée les 12 heures d’Angers, une épreuve d’endurance, un peu à la façon des 24 heures du Mans mais version aéronautique. Il fallait voler de 6 heures du matin à 6 heures du soir à la plus grande vitesse possible sur un circuit aérien composé de quatre virages et long de quarante-six kilomètres. Cela représentait en tout 180 virages à pouvoir supporter physiquement. La course se déroula le 2 juillet 1933. Elle termina quatorzième et devint la première femme à franchir la ligne d’arrivée. La foule décida de la porter en triomphe et de premiers journaux affichaient sa photo dans leurs colonnes. Le voilà son premier grand succès dans l’aviation.

Je sais que j’y passerai comme les autres… Il n’y aura pas d’exception pour Hélène Boucher.

Seulement un mois après, Hélène s’attaque au record d’altitude féminin avec un avion léger et atteint les 5 900 mètres. Elle ne rêve plus que de marquer les esprits et se lance éperdument dans l’acrobatie aérienne, recevant l’enseignement de l’as des as en la matière, Michel Détroyat. Celui-ci ne tarit pas d’éloges à son égard: “Dans quelques mois, elle sera la meilleure acrobate du monde.”, rapporte-t-il. De meeting en meeting, elle est acclamée de toutes parts. Les établissements Caudron-Renault la remarquent et l’intègrent pour devenir maintenant pilote de vitesse à bord du nouvel avion Rafale et son moteur de 150 CV. Léno change de dimension et s’installe sur un véritable pur-sang. Nous la retrouvons à l’été 1934 pour les 12 heures d’Angers à bord de cet engin de vitesse. Elle termine la course à la deuxième place avec une vitesse moyenne de 235 km/h. Un mois plus tard, avec un appareil transformé, elle pulvérise tous les records de vitesse féminins comme masculins en atteignant les 409 km/h de moyenne sur mille kilomètres. En vitesse pure ensuite, elle bat également le record du monde avec 445 km/h au compteur. Personne ne fait mieux qu’elle à cet instant.

Hélène Boucher profite alors de sa célébrité pour prendre part aux côtés de deux autres aviatrices, Maryse Bastié et Adrienne Bolland, au combat féministe. Elle rejoint l’association “Les femmes nouvelles” créée par la militante Louise Weiss et réclame activement le droit de vote pour les Françaises. Dans le même temps, alors qu’elle se trouve au sommet de sa gloire, son entourage lui conseille de ralentir, invoquant les risques énormes qu’elle prend aux manettes de ces aéronefs puissants mais fragiles. Elle n’écoute pas. Elle donnerait sa vie pour les ailes françaises. Elle confie même à une amie : “Je sais que j’y passerai comme les autres… Il n’y aura pas d’exception pour Hélène Boucher.”

Le 30 novembre de cette année 1934 fastueuse, elle décolle de l’aérodrome de Guyancourt dans les Yvelines pour un vol d’entraînement. La météo est exécrable ce jour-là. Qu’importe ! Hélène Boucher s’obstine encore une fois, la fois de trop. Son Caudron Rafale accroche la cime des arbres lors de l’approche finale vers la piste. Elle est transportée en urgence vers l’hôpital de Versailles mais rend son dernier souffle dans l’ambulance. Elle n’a alors que 26 ans.

Hélène Boucher a le droit à un hommage national aux Invalides à Paris. Son cercueil est exposé deux jours durant. Jamais une femme n’avait eu le droit à un tel honneur. Sa citation à l’ordre de la nation commence en ces termes: “Personnifie la jeune fille française : modestie, simplicité, vaillance…”

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Maryse Hilsz, pilote légendaire de raids héroïques