Maryse Hilsz, pilote légendaire de raids héroïques

Née en 1901, à Levallois-Perret, une place forte de l’aéronautique, Maryse Hilsz vient d’un milieu modeste mais elle est dotée d’un fort caractère et d’une détermination sans faille depuis qu’elle est toute petite. Grande fille rude, elle a toujours le regard qui porte vers les nuages. Elle sait pourtant qu’elle va devoir travailler dur pour les approcher. Maryse se rend dans de nombreux meetings aériens pour tenter d’aborder les professionnels de l’aviation de l’époque et à force d’obstination, réussit à se faire embaucher comme parachutiste. Les femmes qui se prêtent à la chute libre dans les années 1920 se comptent sur les doigts de la main. Les spectateurs, en manque de frissons, n’hésitent pas à débourser de jolies sommes pour assister à ces sauts périlleux. De 1925 à 1928, elle réalise 112 sauts, ce qui lui permet de mettre de l’argent de côté pour espérer un jour prendre des cours de pilotage.

Le rêve est maintenant à portée de main. L’aviation, cela rime pour elle avec voyage et aventure. Fini son métier de modiste qui ne la passionnait nullement. Oublié l’atelier de couture où elle travaillait sans rechigner avec sa mère pour subvenir aux besoins du foyer quand son père est décédé. Désormais, la voilà qui peut prendre les commandes d’un avion aux côtés de Maurice Pinat, son instructeur. Aussitôt son brevet de pilote obtenu en 1930, elle envisage de se lancer à l’assaut de raids de longue distance.

Son premier projet, avec le petit avion de tourisme qu’elle vient d’acquérir, est de relier depuis Paris les grandes capitales européennes : Paris-Bruxelles, Paris-Amsterdam, Paris-Berlin, Paris-Genève, Paris-Rome, Paris-Madrid et Paris-Londres. Pourtant, ce grand voyage est brisé dès l’étape qui doit la conduire à Amsterdam. Une avarie mécanique la contraint à atterrir en urgence alors qu’elle s’approchait de la Venise du Nord dans un champ de tulipes évidemment, de quoi mettre en colère le propriétaire du champ qui s’empresse de lui demander le remboursement des dommages occasionnés. Fort heureusement, elle n’est pas blessée et son appareil ne comporte aucun dégâts. En revanche, tout l’argent qu’elle disposait sert à rembourser le propriétaire du champ. Elle fait ainsi son retour à Paris mais ce n’est pas une jeune femme décontenancée que l’on aperçoit au Bourget. Tout au contraire, elle est plus que jamais déterminée à mettre la barre encore plus haut.

Maryse projette en effet un raid de grande envergure, en reliant Paris à Saïgon, en Indochine, aller et retour. Le plus dur et le plus éprouvant, pour notre héroïne, est la longue préparation qu’un tel raid, inédit, demande. “Pour Paris-Saïgon et retour, représentant 24 000 kilomètres dans l’espace, j’ai calculé qu’il m’avait fallu faire, en démarches diverses, environ 7 000 kilomètres dans Paris et sa banlieue.”, raconte-t-elle sur un ton amusé. La préparation est effectivement minutieuse tant il faut travailler avec les consulats, le ministère de l’Air, les services météorologiques, les constructeurs et ingénieurs…Tout est finalement prêt pour un décollage le 12 novembre 1930. L’avion en question est un Morane-Saulnier Moth, un biplan biplace qu’elle transforme en monoplace, ce qui lui permet de gagner de la place supplémentaire pour installer un réservoir d’essence et quelques bagages. Au fur et à mesure de ses étapes, la France commence à se passionner pour cette aviatrice intrépide. Sur de grandes cartes du monde, dans de nombreux foyers, les Français se mettent à retracer le parcours effectué par Maryse. Les journaux publient régulièrement des nouvelles d’elle. Le vol n’est pourtant pas de tout repos. Approchant de sa destination finale, son réservoir d’essence connaît une fuite. Elle se trouve à Rangoon en Birmanie. Le remplacement du réservoir va demander huit jours et elle atteindra finalement Saïgon le 5 décembre. Maryse Hilz est en train de marquer l’histoire, elle le sait mais cet exploit sera d’autant plus authentique si elle parvient à faire le trajet retour.

Sept jours seulement après avoir atterri en Indochine, elle reprend le chemin vers la France. Le raid est cette fois encore plus semé d’embûches. Lorsqu’elle survole l’Iran, sa pression d’huile tombe à zéro. Elle doit atterrir immédiatement. Le bouchon d’huile avait sauté. Maryse trouve de l’aide auprès de paysans perses qui lui prêtent un âne pour aller faire le plein d’huile. Une journée et une nuit de galères pour la jeune femme en plein désert. Ereintée, elle arrive à gagner une ville où elle reçoit de l’aide d’un mécanicien anglais. Le 22 décembre, elle peut enfin redécoller direction Bagdad. Mais la malchance la poursuit. En Turquie, son avion capote à l’atterrissage. L’hélice est brisée. De nouveau, un long arrêt est nécessaire pour que son avion soit réparé. Maryse Hilsz arrive néanmoins à rejoindre la France le 7 février 1931 et devient la première femme à relier Paris-Saïgon dans les deux sens. Sa célébrité est définitivement acquise. Toutefois, sa vocation d’aviatrice est à ce point inscrite dans ses gènes qu’elle décide de partir à la conquête de nouveaux exploits.

Son prochain défi est de relier Madagascar et donc, de survoler l’immensité du Sahara, ce que jamais une femme n’a réalisé auparavant. Un an de préparation est nécessaire pour ce raid. Elle décolle le 31 janvier 1932 du Bourget sur un Farman avec à son bord, le mécanicien Dronne. Sept jours étaient initialement prévus pour réaliser cette liaison. Le voyage durera finalement un mois après plusieurs pépins mécaniques. Mais le voyage retour est encore une fois effectué dans des conditions dantesques. Notre aviatrice et son mécanicien se trouvent perdus sur une île du canal du Mozambique. Ils tombent tous les deux gravement malades en se nourrissant de boites de conserves avariées et sont finalement secourus par un navire de la marine nationale. Maryse Hilsz ne retrouvera la France qu’au début du mois de mai, exténuée par ce long voyage où elle connût des crises de migraine et des accès de fièvre.

Mais ce serait mal connaître Maryse Hilsz que de croire qu’elle va baisser les bras. Elle songe maintenant à escalader le ciel, apprenant que d’autres femmes, notamment américaines, sont en train de battre des records d’altitude. Cette fois, l’effort est court mais intense parce qu’il faut affronter des températures extrêmes. Le 10 août 1932, sur le terrain de Villacoublay, elle se sent prête. Elle va embarquer sur un Morane-Saulnier MS-221 Jockey. Malgré la température caniculaire au sol, elle enfile trois pyjamas en soie puis une combinaison en cuir doublée de fourrure. Ses pieds sont protégés par deux paires de bas de soie, deux épaisseurs de papier journal et sont emmitouflés dans des chaussons fourrés. Elle porte aussi des gants de laine sous des moufles, deux cagoules en soie et deux écharpes de laine. Et elle réussit à atteindre ce jour-là les 9 791 mètres, battant de mille mètres le record de 8 761 mètres détenu par Miss Ruth Nicholls, ce qui lui vaut d’être décorée de la Légion d’honneur.

Les grands raids lui manquaient toutefois. Elle reprit son Farman et partit à la conquête de Tokyo: un vol record de seize jours accompli en avril 1933. Ses exploits commencent sérieusement à intéresser les autorités françaises. Le ministre de l’Air, Pierre Cot, la reçoit pour lui annoncer une belle surprise. Il lui met à sa disposition le Bréguet 27, un avion avec lequel elle doit promouvoir à travers le monde le haut niveau de l’industrie aéronautique française. Elle s’envole une deuxième fois pour Tokyo à bord de cet appareil bien plus lourd que les avions de tourisme qu’elle avait l’habitude de piloter. Maryse fait voler à cette occasion deux geishas pour leur baptême de l’air, en tenue traditionnelle.

“Les compétitions d’aviation sont une des mille manières que les temps modernes offrent à la femme pour démontrer la fausseté de cette appellation : le sexe faible.”

Les records s’enchaînent ensuite, d’altitude, de vitesse, de distance… Aux commandes d’un Potez 506, elle pulvérise le record féminin d’altitude le 23 juin 1936 avec 14 310 mètres atteint à l’altimètre, un record encore à ce jour inégalé par une femme. Voici comment elle relate cet exploit hors normes : “Au-dessus de 12 000, tout de même, l’effort s’avère plus pénible. Bras et jambes sont devenus lourds. La température ambiante est descendue à - 50°C. Mais la volonté de réussir me fait persévérer. Dans l’air moins dense, le compte-tours atteint 2 350 et le baro, dans sa muette éloquence, m’encourage encore. Après une légère abattée, j’atteins enfin le point culminant, dont l’observatoire de Trappes me dira bientôt le chiffre officiel, que j’estime, en tout cas, supérieur à 14 000. Et aussitôt, je plonge. J’ai hâte de retrouver le sol accueillant, l’herbe fleurie de l’aérodrome, les amis très chers. Il me faut cependant modérer ma descente, afin d’éviter les conséquences désagréables des changements d’altitude trop rapides. Voici Paris qui me revient à vue d’œil ; la Seine scintille sous le chaud soleil. Droit devant, le quadrilatère du terrain de Villacoublay…Un peu lasse, mais heureuse, je reprends contact avec la terre que j’ai quittée voici soixante-quinze minutes. J’ai réussi. Tout va très bien.

Maryse Hilsz participe aussi aux coupes de vitesse, la Coupe Hélène Boucher du nom de la célèbre aviatrice disparue à 26 ans seulement. “Les compétitions d’aviation sont une des mille manières que les temps modernes offrent à la femme pour démontrer la fausseté de cette appellation : le sexe faible.", écrit-elle dans un journal. Jamais blasée par les performances, elle remporte deux fois de suite cette coupe. Toujours durant cette année 1936, elle entreprend de battre le record de vitesse pure depuis Istres, dans le sud de la France. Mais quinze minutes après le décollage, alors qu’un puissant mistral déséquilibre son appareil, elle est projetée hors de son siège et doit sa vie à son parachute. L’accident n’est pas sans conséquences. Plusieurs de ses côtes sont brisées. Elle se retrouve clouée au plancher des vaches plusieurs mois. Pourtant, un an plus tard, après s’être totalement remise, elle se jette sur un Caudron Simoun pour battre depuis Istres, toujours, le record féminin de distance en ligne droite détenu par une certaine Amelia Earhart. Seulement, en ce mois de décembre 1937, la météo n’est guère clémente pour notre chère pilote qui voit le record s’échapper. Obligée de se poser à Alexandrie en Egypte, elle change totalement son projet initial, ne voulant pas rester sur cet échec et la voilà qui poursuit sa route vers Saïgon, un trajet qu’elle connaît maintenant à la perfection. Elle décide ainsi de s’attaquer au record de la plus grande vitesse moyenne sur Paris-Saïgon. En moins de trois jours, elle réussit cet incroyable défi.

Trois ans plus tard, Maryse Hilsz se met au service de sa patrie, la France. Elle est réquisitionnée pour convoyer avec d’autres femmes pilotes des avions vers le front. Ce corps féminin est dissous après l’été 1940 quand la France fût défaite par l’Allemagne. Alors, elle retrouve son métier de modiste à Aix-en-Provence mais il s’agit en réalité d’une couverture car notre Maryse fait partie d’un réseau de résistance. A la Libération, elle est même promue capitaine des Forces françaises intérieures. En 1944, elle fait partie d’une petite cohorte de femmes qui s’engagent dans la toute première escadrille féminine de l’Armée de l’Air. Elle est nommée lieutenant et se met au service du Groupe de liaisons aériennes militaires.

Le 30 janvier 1946, alors qu’elle effectue une liaison aux commandes d’un Siebel 204 depuis Paris jusqu’à Marignane, son avion est pris dans une tempête hivernale. Les commandes ne répondent plus, la queue de l’appareil éclate et l’avion chute vers le sol, aux alentours de Bourg-en-Bresse. Maryse Hilsz et les trois membres d’équipage sont tués dans le crash de l’appareil. Elle avait 44 ans, le même âge qu’Antoine de Saint-Exupéry quand celui-ci est décédé deux ans plus tôt dans la Méditerranée.

Fauchée en plein vol, Maryse Hilsz continue d’être une source d’inspiration pour toute une jeune génération en quête de nouveaux sommets aériens.

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