Marcel Dassault, de l’hélice Eclair au Rafale

Marcel Dassault est un inventeur de génie, au tempérament calme mais déterminé. Son parcours est pourtant un chemin semé d’embûches mais jamais il n’en a dévié. Après l’école Bréguet qui représente son premier mais modeste contact avec le monde de l’aviation, il file à l’Ecole Supérieure de l’Aéronautique et de la Construction Mécanique et apprend véritablement son futur métier. En faisant ensuite son service militaire au sein du laboratoire aéronautique de Chalais-Meudon, il est associé plus étroitement encore à la construction d’avions.

Tout son succès à venir vient de la conception en 1915 d’une nouvelle hélice, celles de l’époque n’ayant qu’un rendement moyen. “Il décida de construire, par ses propres moyens, une hélice pour les remplacer, alors qu’il n’avait rien, ni usine, ni bureau d’études, ni moyen financier.”, raconte son fils Serge Dassault, son successeur à la tête de la firme en 1987. Marcel dessine ainsi seul son hélice et trace les profils. Il lui faut trouver maintenant un ébéniste. Il se trouve que le père d’un de ses amis est fabricant de meubles et lui permet d’avoir à sa disposition et à ses côtés un ébéniste. Il demande ensuite à Blériot de faire essayer son hélice en vol et là miracle, elle est reconnue comme étant la meilleure. Nous sommes en 1916 et Marcel Bloch, à 24 ans, peut honorer sa première commande. Son hélice Eclair équipe les meilleurs avions de chasse de l’époque, notamment celui de l’As Georges Guynemer. Avec les nouvelles commandes qu’il reçoit, il parcourt les terrains d’aviation et observe les avions, leurs caractéristiques, leurs moteurs, la façon de les réparer…

Dans la foulée, il se lance dans la construction d’un avion de guerre, le S.E.A. 4. Pour ce faire, il loue une petite usine à Suresnes et construit son prototype avec une poignée d’ouvriers et un seul contremaître. L’aéronef séduit très vite l’Armée de l’Air. Réputé pour être plus performant que ceux des firmes Blériot, Farman, Voisin, Morane et Caudron, il est commandé à mille exemplaires. Seulement, le premier de série sort d’usine le 11 novembre 1918, jour de l’armistice… Le contrat est résilié et l’avion, promis à une grande destinée, n’aura finalement que très peu servi par la suite.

Pas de quoi pour autant démoraliser notre capitaine d’industrie en herbe, même si les autorités françaises le dissuadent de poursuivre son aventure aéronautique dans la mesure où avec la paix, la priorité n’est plus donnée à l’aviation militaire, une erreur fatale quand nous savons que notre flotte aérienne était bien maigre pour résister aux assauts de la Luftwaffe en 1940. S’ouvre donc une parenthèse d’un peu plus de dix ans dans l’immobilier pour Marcel Dassault. Mais à partir de 1930, l’état-major français se rend compte des grands progrès de nos pays voisins dans le domaine aérien. Le responsable technique de l’Aéronautique, Albert Caquot, sollicite alors Marcel Bloch et lui confie la construction d’un trimoteur postal et colonial et ensuite d’un avion sanitaire pour un blessé couché. Après les accords de Munich, cette fois, mais bien trop tardivement, les responsables politiques comprennent la nécessité de construire en nombre des bombardiers et des avions de chasse. Les commandes de séries ne sont pourtant décidées qu’en octobre 1939. En mai 1940, alors que la débâcle française s’annonce, les avions sont encore à l’usine. Avec la défaite, Marcel Bloch se voit une nouvelle fois privé de son rêve de bâtir un empire aéronautique.

Sa fibre patriotique se manifeste quand il refuse de diriger en Allemagne une usine de construction de chasseurs allemands. Il est déporté à Buchenwald en 1944 et doit sa survie à des déportés communistes qui le placent sous leur protection alors que sa santé est fragile. C’est en revenant en France que son rêve peut enfin se concrétiser. En convalescence dans sa chambre, il échafaude les plans d’un nouvel appareil, un bimoteur de liaison qui devient le Dassault 315. Le prototype est construit dans une toute nouvelle usine à Mérignac, près de Bordeaux, qui devient le berceau de la firme Dassault. Ce sont, dans les années qui suivent, qu’il fait changer son patronyme en Dassault, qui vient du nom de code Chardasso (char d’assaut), un pseudonyme utilisé par son frère, Darius Paul Bloch, lors de son engagement dans la Résistance.

Le Dassault 315 est un véritable succès. Il est construit à 300 exemplaires et signe le début d’une formidable aventure industrielle qui donne ensuite naissance à des avions iconiques comme l’Ouragan, le Mystère, l’Etendard et le Mirage. Marcel Dassault s’éteint en 1986. Le gouvernement de Jacques Chirac lui accorde un hommage exceptionnel avec une cérémonie aux Invalides, un geste alors inédit envers un industriel.

Marcel Dassault conclut ses mémoires avec ces mots simples mais qui doivent raisonner encore aujourd’hui : “J’ai écrit ce livre en pensant aux jeunes. J’ai voulu leur montrer qu’il n’est pas nécessaire d’hériter pour réussir et qu’il suffit de persévérer. Enfin, si tout le monde n’a pas son trèfle à quatre feuilles, chacun du moins a son étoile.” Le trèfle, qu’il gardait précieusement dans son portefeuille, et qui lui avait été enlevé pendant sa Déportation avant qu’il ne le retrouve à sa libération, était devenu l’emblème de la maison Dassault.

Suivant
Suivant

Avec l’escadrille des Tigres Volants